PORTRAITS

M. Abderahmane MOUSSA



Points forts

Issu d’une communauté importante et nombreuse prenant part à des multiples activités dans les secteurs les plus divers ; commerce de gros, commerce de détail constituant en quelque sorte des relais au sein de la bourgeoisie compradore mais aussi des petits commerçants qui forment un quadrillage important en matière de renseignements.

Sa vie sociale est limitée à l’essentiel et ses fréquentations sont choisies. Véritable homme de l’ombre, il parle peu, se contentant plutôt d’écouter ses interlocuteurs, évitant ainsi de se dévoiler, très prudent et se méfie de tout le monde. Il a une qualité professionnelle certaine, sa simplicité facilite les contacts, il est le contraire d’un homme arrogant, il s’énerve difficilement et a beaucoup de sang froid.

Malgré ses activités au service d’un régime sanglant comme celui de Tombalbaye, son image au sein des Arabes n’est pas négative. Il y a, comme une espèce de réserve sur soncas. Ce qui fait dire à certains que Abderahmane Moussa a toujours conseillé et informé de manière utile sa communauté pour éviter des « pépins » à certains de ses membres, ceux-ci savent qu’ils peuvent compter sur lui. Renseignements contre protection, c’est sa devise.

Points faibles

On ne peut lui faire confiance, très souvent suspecté du double jeu, d’ailleurs de nombreuses interrogations subsistent sur les facilités qu’il a toujours eues en France. Il appartient à cette petite catégorie de Tchadiens qui ont réalisé l’exploit d’avoir servi tous les régimes qui se sont succédés au pouvoir depuis l’indépendance. Souvent, les hommes de son métier ont une certaine longévité dans l’exercice de leur fonction car d’un régime à l’autre, ils monnayent leurs « dossiers » sur les gens comme on dit.

Cependant, sous le régime de Deby, il a franchi un pas avec l’affaire des réfugiés tchadiens installés au Nigeria arrêtés et livrés à Deby en 1993. Il était Ambassadeur du Tchad au Nigeria, même s’il n’était pas seul pour mener à bien cette opération, il n’en demeure pas moins qu’il a une grande part de responsabilité et cette affaire est une épine dans son pied. Sa retraite ne sera pas paisible.

Son parcours

Il commence sa carrière sous le régime de Tombalbaye comme policier. Après un stage en Israël, il est promu Inspecteur de police, poste qu’il occupera jusqu’en 1980. Les accords de Khartoum font de Hissein Habré le Premier ministre, il rejoint les FAN jusqu’à la guerre FAN / FAP. En 1981, Goukouni Weddeye devient Président de la République, Abderahmane Moussa milite dans le CDR de Acyl Ahmat. Il devient difficilement Ambassadeur du Tchad à Paris, son dossier ayant été rejeté une première fois et il y reste jusqu’en 1982. C’est l’année qui voit l’arrivée d’Hissein Habré au pouvoir, Abderahmane Moussa reste un moment à Paris puis négocie avec le régime Habré et rentre au pays. Il est nommé directeur général de la PHARMAT, poste qu’il occupera jusqu’au départ de Habré en 1990.

Idriss Deby arrive au pouvoir, Abderahmane Moussa occupera successivement le poste d’Ambassadeur du Tchad au Nigeria, Directeur de l’ANS, ministre de l’intérieur puis ministre de la sécurité publique, actuellement il est conseiller à la Présidence chargé des questions de sécurité. Il a, à cet effet, effectué plusieurs missions à l’étranger notamment à Khartoum.

Le régime de Deby l’utilise à fond dans sa plus grande spécialité : la traque des opposants que ce soit au Nigeria, au Bénin, au Canada et aujourd’hui à Khartoum sans oublier la France.

Ses méthodes

Il serait épuisant de vouloir ici citer toutes les méthodes utilisées mais contentons nous seulement d’en évoquer quelques unes. Il a largement utilisé les femmes dans les activités de renseignements, des célibataires aux mariées sans oublier celles qui faisaient la « baïla » comme on dit, il leur conseillait la mémorisation des plaques d’immatriculation des véhicules des personnalités politiques et militaires afin de suivre leurs déplacements et leurs fréquentations. Les gérantes de bars et celles qui tenaient les points de ventes à domicile travaillaient régulièrement avec lui, ces points de rencontre étant très fréquentés par des responsables se croyant à l’abri des oreilles indiscrètes.

Les jeunes commerçants, amenés à se déplacer régulièrement, étaient systématiquement approchés pour être des agents de renseignements. Même des marabouts faisaient partie de son réseau.

Pour faire son travail, il ne s’embarrassait pas de scrupules, il pouvait utiliser et manipuler une personne contre sa famille pour confirmer ou non ses doutes.

Sous le régime de Tombalbaye, les cadres musulmans originaires du BET vivant à N’djaména étaient dans son collimateur. Pour lui, ces derniers constituaient des cellules du FROLINAT à N’djaména d’où les incessantes enquêtes, surveillances et convocations dont ils faisaient l’objet.

Avenir

Avec toute l’expérience qu’il a capitalisé, il demeure une personne ressource, toujours est-il que la retraite est proche, l’intéressé lui-même le sait puisqu’il a formé son fils pour le succéder. Quant à lui, dans sa retraite (sauf accident), il peut, s’enorgueillir ou souffrir en égrenant le nombre effrayant de trophées dans son tableau de chasse.

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