CULTURE ET SOCIETE




Cette rubrique est notre façon à nous de bousculer nos frères et sœurs Tchadiens, le tout dans la bonne humeur, histoire de faire bouger les choses. Si vous avez aussi des œuvres à nous raconter, elles seront les bienvenues.

Comment vit-on en 2006 dans une capitale sans eau ni électricité des années durant ?

C’est à peine croyable et pourtant c’est la situation dans laquelle vivent les populations N’djaménoises car les autres régions du pays sont revenues à l’époque de la lampe à pétrole depuis belle lurette.

La capitale N’djaména connaît des situations différentes selon les quartiers en terme d’approvisionnement en eau et électricité :

  • Zone du palais présidentiel : alimentée au maximum
  • Zone Djamal  Bahar, sur le côté où réside l’épouse du Chef de l’Etat, pas de coupure
  • Zone aéroport, sécurité oblige, alimentation au maximum.

Tout le reste de la capitale vit un véritable calvaire, il y a des quartiers où pendant 2 mois d’affiler, il n’y a pas de courant. Absolument invraisemblable, comment faire face à un tel calvaire avec parfois des températures avoisinant les 50°c à l’ombre, pas de clim, pas de ventilo.

Les familles ne peuvent en aucun cas faire des provisions, pour cause de non fonctionnement des congélateurs et frigidaires depuis des lustres. Les quelques privilégiés habitant dans les zones citées, sont sollicités de partout pour le stockage des denrées périssables, c’est ainsi qu’une personne peut se retrouver avec 10 congélateurs chez lui où ils sont « en pension ».

Certaines personnes, chaque matin partent au travail avec une vingtaine de téléphones portables dans un sachet, histoire de les recharger. Très souvent, des personnes que vous n’arrivez pas à joindre au téléphone, vous répondent : « j’ai envoyé mon portable dans un autre quartier pour le recharger, cela fait 2 jours, … ».

Face à une situation inqualifiable, des groupes électrogènes ont été importés d’Arabie Saoudite en grande quantité, cela n’a pas été sans créer des situations nouvelles et complexes. Tout d’abord, l’installation dans les domiciles des groupes électrogènes en général non insonorisés, a provoqué de terribles nuisances sonores, lesquelles empêchaient parfois de dormir leurs propriétaires et leurs voisins ! Imaginer les conflits que cela a créés dans les quartiers. Sans compter la course quasi quotidienne pour l’approvisionnement en gasoil.

Dans cette vie impossible, les groupes électrogènes à usage domestique sont en général des groupes de dépannage qui ne peuvent fonctionner en continu qu’entre 9 à 10 heures, n’étant pas des unités de production d’électricité c'est-à-dire qu’il faut faire un choix dans le fonctionnement de votre groupe. Il n’est pas rare de voir toute sorte de branchement effectué pour passer 1 ou 2 ampoules chez les voisins, histoire de les sortir de l’obscurité totale.   

Cette situation frise l’horreur quand on constate ce qui se passe à l’hôpital, salles d’opération non fonctionnelles, absence pendant longtemps de groupe électrogène, puis après, manque de carburant pour faire fonctionner le groupe, impossible de maintenir les médicaments à bonne température sans interruption de la chaîne de froid.

Est-il étonnant, de voir massivement des Tchadiens se rendre au Cameroun voisin pour se soigner. Il suffit de constater les files de Tchadiens dans l’hôpital chinois de la ville camerounaise de Kousseri pour évaluer l’ampleur de la catastrophe.

Dans cette ambiance, peut-on  parler de loisirs pour les N’djaménois ?

Pratiquement  pas de TV, pas de cinéma, les gens dorment parfois très tôt, que voulez-vous faire,  plonger dans le noir. Les accros de certaines séries diffusées sur le Satellite doivent migrer chez ceux qui ont un groupe  électrogène, ce qui peut vous amener à changer complètement de quartier le temps d’une série télévisée.  

Pendant le ramadan de l’année dernière, le sachet de glace est passé de 50 F Cfa à 5000 F Cfa !!! Certaines personnes ont décidé de ne plus consommer de l’eau fraîche même quand elles rendent visite aux privilégiés qui en ont, histoire d’alléger leur souffrance. Aujourd’hui, la glace consommée dans les hôtels et restaurants de Ndjaména est importée du Cameroun.

A quelques centaines de  kilomètres de la capitale tchadienne, se trouve Am-djarass, localité de l’Est, un trou perdu avec quelques hameaux  sans plus, mais cette bourgade est le  village  « natal » du président Deby, cela a suffit pour qu’elle soit, elle, équipée de puissants groupes électrogènes.

Les étrangers de passage à N’djaména dans le cadre de séminaires, n’ont qu’une seule hâte, que leur travail se termine vite pour qu’ils filent. Ceux qui ont déjà vécu la douloureuse expérience d’un séjour n’djaménois, harcèlent leurs partenaires Tchadiens afin que toutes les activités soient calées sur un minimum de jours.

Récemment, un homme d’affaire béninois a dit à un étudiant Tchadien avec qui il partageait une cabine de train,- « vous êtes tchadien ! (gros soupir) je suis expert comptable, j’ai été récemment à N’djaména  pour 10 jours. Je crois que vous, Tchadiens, irez tous au paradis ! »
- « Ah bon ! Pourquoi ? » L’interroge notre compatriote,
- « mais parce que mon cher, vous vivez déjà en enfer ! »

 

 

 
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